À ma droite, s'ouvrait une ruelle bordée de petites masures croulantes au milieu de quoi une maison fraîchement réchampie et peinte en rouge faisait figure de palais. C'était la maison du bourreau de Brest. Personne n'aimait à s'attarder devant cette demeure émouvante. La rue, de ce fait, était toujours déserte. Seuls, les chiens fous et les chats errants venaient y régler leurs querelles ou y quêter d'improbables proies. En vérité, je me sentais peu à l'aise. Pour mon excuse, beaucoup parmi les bons bourgeois que je connaissais n'eussent point tenté, à minuit, la mauvaise chance à travers les coupe-gorges et les impasses du Pont Merdou. Le souci de ma dignité éloignait de moi la peur. Je me montrais souvent impulsif et peu raisonnable, mais je savais aussi boire le vin quand il était tiré. Je poursuivis donc ma route, après avoir eu soin de glisser mon couteau dans ma ceinture, de telle manière qu'il fût sur mon ventre, à la portée de ma main.