Les soirs d'été, les anciens s'asseyaient devant les portes des immeubles autour des concierges. Ils arrivaient en traînant leurs chaises, souvent choisies parmi les plus belles du logement : on voyait celles cannées qui accompagnent les buffets Henri II, d'autres en bois courbé, mais aussi des pliants, parfois un banc de couturière ou même un fauteuil. Les hommes, en gilet ouvert et les manches retroussées, se plaçaient à califourchon, les coudes posés sur le dossier en fumant leur pipe. Parfois, une femme mangeait lentement sa soupe dans un bol qu'elle tenait à la main comme à la campagne. Certains jouaient au jacquet, mais ils étaient surtout réunis là pour la conversation qui restait lente et languissante quand il ne s'agissait pas de la dernière guerre ou de la politique.