Dès que je pressentais, à tort ou à raison, qu'on abusait de mon ingénuité pour me manœuvrer, je me cabrais. Ma violence intimidait. On me grondait, on me punissait un peu ; il était rare qu'on me giflât. « Quand on touche à Simone, elle devient violette », disait maman. Un de mes oncles, exaspéré, passa outre : je fus si éberluée que ma crise s'arrêta net. On eût peut-être facilement réussi à me mater ; mais mes parents ne prenaient pas mes fureurs au tragique. Papa, parodiant je ne sais qui, s'amusait à répéter : « Cette enfant est insociable ». On disait aussi, non sans un soupçon de fierté : « Simone est têtue comme une mule ». J'en pris avantage. Je faisais des caprices ; je désobéissais pour le seul plaisir de ne pas obéir. Sur les photos de famille, je tire la langue, je tourne le dos : autour de moi on rit.