Les hommes étaient très fiers d'appartenir à ma garde, qui développa un professionnalisme presque flamboyant. Ils s'habillaient comme un parterre de tulipes, de toutes les couleurs sauf le blanc ; car j'en portais constamment, et ils ne voulaient pas paraître présomptueux. En une demi-heure, ils se préparaient à une expédition de six semaines, ce qui était la limite de durée pour laquelle on pouvait emporter de la nourriture accrochée à la selle. Ils repoussaient les chameaux de bât comme une disgrâce. Ils voyageaient jour et nuit à ma fantaisie, et se faisaient un point d'honneur de ne jamais mentionner la fatigue. Si un novice grognait, les autres le réduisaient au silence.
Je passai les deux jours suivants dans la compagnie de Fayçal. Il me fut ainsi permis d'étudier plus à fond ses méthodes de commandement, et cela à un moment intéressant, en présence d'hommes que les nouvelles pessimistes arrivant de tous côtés commençaient à décourager. Fayçal s'attachait à les remonter, il y réussissait d'autant plus sûrement qu'il savait se montrer accessible à tous ceux qui désiraient l'approcher. Les quémandeurs rôdant devant la porte de sa tente, attendant leur tour d'être remarqués, finissaient toujours par arriver jusqu'à lui. Il écoutait patiemment leurs interminables palabres, même lorsque certains d'entre eux venaient en bande exposer leurs griefs en vers qu'ils psalmodiaient autour de nous dans l'obscurité.