L'eau, à Saint-Pétersbourg, est omniprésente. Elle modèle le paysage et dessine les contours de la cité lacustre, véritable labyrinthe d'îlots, de ponts et de canaux issu de l'ingéniosité d'un Français, l'architecte Leblond. Le vent glacial de la mer Baltique s'infiltre partout. Le brouillard enveloppe tout et efface les quais dans un halo de lueurs jaunes, fragiles, fantomatiques. L'hiver y est impitoyable et sans limites. D'emblée, le jeune garçon avait aimé cette ville surgie des marais et de la brume, ses bâtiments jaunes, roses, bleu ciel, verts ou gris, l'immense perspective Nevski s'étirant à perte de vue en une double ligne de palais, d'hôtels et d'églises, ses canaux argentés, ses nuits blanches. Combien de fois, plus tard, s'était-il doucement abandonné à cette atmosphère fantasmagorique, comme suspendu, hors du temps.