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Les dictées issues des œuvres deAlphonse Daudet

10 dictées

Textes de Alphonse Daudet

Oh ! Le jardin de Tartarin, il n'y en avait pas deux comme celui-là en Europe. Pas un arbre du pays, pas une fleur de France ; rien que des plantes exotiques, des gommiers, des calebassiers, des cotonniers, des cocotiers, des manguiers, des bananiers, des palmiers, un baobab, des nopals, des cactus, des figuiers de Barbarie, à se croire en pleine Afrique centrale, à dix mille lieues de Tarascon. Tout cela, bien entendu, n'était pas de grandeur naturelle ; ainsi les cocotiers n'étaient guère plus gros que des betteraves, et le baobab (arbre géant, arbos gigantea) tenait à l'aise dans un pot de réséda ; mais, c'est égal ! Pour Tarascon, c'était déjà bien joli, et les personnes de la ville, admises le dimanche à l'honneur de contempler le baobab de Tartarin, s'en retournaient pleines d'admiration.

Au milieu du cabinet, il y avait un guéridon. Devant le guéridon, un homme était assis, de quarante à quarante-cinq ans, petit, gros, trapu, rougeaud, en bras de chemise, avec des caleçons de flanelle, une forte barbe courte et des yeux flamboyants ; d'une main il tenait un livre, de l'autre il brandissait une énorme pipe à couvercle de fer, et, tout en lisant je ne sais quel formidable récit de chasseurs de chevelures, il faisait, en avançant sa lèvre inférieure, une moue terrible, qui donnait à sa brave figure de petit rentier tarasconnais ce même caractère de férocité bonasse qui régnait dans toute la maison. Cet homme, c'était Tartarin, Tartarin de Tarascon, l'intrépide, le grand, l'incomparable Tartarin de Tarascon.

Voilà l'immense table toute chargée et flamboyante, les paons habillés de leurs plumes, les faisans écartant leurs ailes mordorées, les flacons couleur de rubis, les pyramides de fruits éclatants parmi les branches vertes, et ces merveilleux poissons étalés sur un lit de fenouil, l'écaille nacrée comme s'ils sortaient de l'eau, avec un bouquet d'herbes odorantes dans leurs narines de monstres. Si vive est la vision de ces merveilles, qu'il semble à dom Balaguère que tous ces plats mirifiques sont servis devant lui sur les broderies de la nappe d'autel, et deux ou trois fois, au lieu de Dominus vobiscum, il se surprend à dire le Benedicite. À part ces légères méprises, tout marche assez bien jusqu'à la fin de la première messe ; car vous savez que le jour de Noël le même officiant doit célébrer trois messes consécutives.

Là-bas, tout contre la porte qu'ils entrouvrent et referment discrètement, ce sont messieurs les marmitons qui viennent entre deux sauces prendre un petit air de messe et apporter une odeur de réveillon dans l'église. Est-ce la vue de ces petites barrettes blanches qui donne des distractions à l'officiant ? Ne serait-ce pas plutôt la sonnette de Garrigou, cette enragée petite sonnette qui s'agite au pied de l'autel avec une précipitation infernale ? Le fait est que chaque fois qu'elle tinte, cette sonnette du diable, le chapelain oublie sa messe et ne pense plus qu'au réveillon. Il se figure les cuisiniers en rumeur, les fourneaux où brûle un feu de forge, la buée qui monte des couvercles entrouverts, et dans cette buée deux dindes magnifiques, bourrées, tendues, marbrées de truffes.

Oui, mon révérend, j'ai mis le vin dans les burettes… Mais dame, il ne vaut pas celui que vous boirez tout à l'heure en sortant de la messe de minuit. Si vous voyiez cela dans la salle à manger du château, toutes ces carafes qui flambent pleines avec des vins de toutes les couleurs… Et la vaisselle d'argent, les surtouts ciselés, les fleurs, les candélabres ! Jamais il ne se sera vu un réveillon pareil. Monsieur le marquis a invité tous les seigneurs du voisinage. Vous serez au moins quarante à table, sans compter le bailli ni le tabellion… Ah, vous êtes bien heureux d'en être, mon révérend ! Rien que d'avoir flairé ces belles dindes, l'odeur des truffes me suit partout !

Sidi-Lakdar avait hérité d'un jardinet sous les remparts de la ville, avec de petits murs blancs qui tombaient en ruines, une porte embroussaillée qui ne fermait pas, quelques figuiers, quelques bananiers et deux ou trois sources vives luisant dans l'herbe. C'est là qu'il passait sa vie, étendu de tout son long, silencieux, immobile, des fourmis rouges plein sa barbe. Quand il avait faim, il allongeait le bras et ramassait une figue ou une banane écrasée dans le gazon près de lui ; mais s'il eût fallu se lever et cueillir un fruit sur sa branche, il serait plutôt mort de faim. Aussi, dans son jardin, les figues pourrissaient sur place, et les arbres étaient criblés de petits oiseaux. Cette paresse effrénée avait rendu Lakdar très populaire dans son pays. On le respectait à l'égal d'un saint.

De tentation en tentation il commence par sauter un verset, puis deux. Puis l'épître est trop longue, il ne la finit pas, effleure l'évangile, passe devant le Credo sans entrer, saute le Pater, salue de loin la préface, et par bonds et par élans se précipite ainsi dans la damnation éternelle, toujours suivi de l'infâme Garrigou qui le seconde avec une merveilleuse entente, lui relève sa chasuble, tourne les feuillets deux par deux, bouscule les pupitres, renverse les burettes, et sans cesse secoue la petite sonnette de plus en plus fort, de plus en plus vite. Il faut voir la figure effarée que font tous les assistants ! Obligés de suivre à la mimique du prêtre cette messe dont ils n'entendent pas un mot, les uns se lèvent quand les autres s'agenouillent, s'asseyent quand les autres sont debout.

C'est la troisième messe qui commence. Il n'y a plus que quelques pas à faire pour arriver à la salle à manger ; mais, hélas, à mesure que le réveillon approche, l'infortuné Balaguère se sent pris d'une folie d'impatience et de gourmandise. Sa vision s'accentue, les carpes dorées, les dindes rôties, sont là, là… Il les touche… Les plats fument, les vins embaument ; et secouant son grelot enragé, la petite sonnette lui crie : « Vite, vite, encore plus vite ! » Mais comment pourrait-il aller plus vite ? Ses lèvres remuent à peine. Il ne prononce plus les mots… À moins de tricher tout à fait le bon Dieu et de lui escamoter sa messe… Et c'est ce qu'il fait, le malheureux !

Au temps des papes, Avignon, c'était du soir au matin, des processions, des pèlerinages, des arrivages de cardinaux par le Rhône, bannières au vent et galères pavoisées, les crécelles des frères quêteurs. Dans les maisons qui se pressaient autour du palais papal, c'était le tic-tac des métiers à dentelles, le va-et-vient des navettes tissant l'or des chasubles, les petits marteaux des ciseleurs des burettes, les tables d'harmonie qu'on ajustait chez les luthiers, les cantiques des ourdisseurs et par là-dessus, le bruit des cloches et des tambourins qu'on entendait ronfler, là-bas, du côté du pont. L'heureuse ville où les hallebardes ne coupaient pas, jamais une disette, jamais une guerre, les papes du Comtat savaient gouverner, voilà pourquoi le peuple les a tant regrettés.

On ne peut vraiment rien trouver de plus délicieux, de plus retiré que ce petit village perdu au milieu des roches, intéressant par son double côté marin et pastoral. Les gens d'ici sont des pêcheurs ou laboureurs, ils ont un air rude, peu engageant. Ils ne vous invitent pas à rester chez eux, au contraire. Peu à peu pourtant ils s'humanisent, et l'on est étonné de voir sous ces durs accueils des êtres naïfs et bons. Ils ressemblent bien à leur pays, à ce sol rocailleux et résistant, si minéral, que les routes même au soleil prennent une teinte noire pailletée d'étincelles de cuivre et d'étain. La côte qui met à nu ce terrain pierreux, est farouche et austère.

Dictées gratuites de Alphonse Daudet

Le baobab
Le baobab
Le baobab
Source : Aventures prodigieuses de Tartarin de Tarascon
Tartarin
Tartarin
Tartarin
Source : Aventures prodigieuses de Tartarin de Tarascon
La première messe de Noël
La première messe de Noël
La première messe de Noël
Source : Les Trois messes basses
L'odeur du réveillon
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Source : Les Trois Messes basses
Avant le réveillon
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Source : Les Trois Messes basses
La vie du paresseux
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Source : La Figue et le Paresseux
La troisième messe de Noël (2/2)
La troisième messe de Noël (2/2)
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Source : Les Trois Messes basses.
La troisième messe de Noël (1/2)
La troisième messe de Noël (1/2)
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Source : Les Trois Messes basses
Une cité prospère
Une cité prospère
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Source : Lettres de mon moulin : la mule du pape
Ce petit village
Ce petit village
Ce petit village
Source : Sources Sages

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