Le soir obscur et pluvieux, l'orage, la course des nuages me tenaient sous leur empire ; pour la première fois depuis un an et demi, j'avais revu la nuit en tête-à-tête. Après ce soir-là, mon désir d'assister au même spectacle a pris le pas sur ma peur des voleurs, d'une maison noire pleine de rats et d'une agression. Je descendais toute seule pour regarder par les fenêtres du bureau privé et de la cuisine. Nombreux sont ceux qui admirent la beauté de la nature, qui dorment parfois à la belle étoile, qui dans les prisons ou les hôpitaux attendent avec impatience le jour où ils pourront profiter à nouveau de la nature en toute liberté, mais peu de personnes se sentent avec toute leur nostalgie aussi coupées et isolées de ce qui est également offert au pauvre ou au riche.
Est-ce parce que je n'ai pas mis le nez dehors si longtemps que je m'enthousiasme pour tout ce qui a un rapport avec la nature ? Je me rappelle très bien qu'un magnifique ciel bleu, des chants d'oiseaux, le clair de lune et l'éclosion des fleurs ne pouvaient retenir mon attention longtemps. Cet intérêt s'est transformé ici, à la Pentecôte par exemple quand il faisait si chaud ; je me suis forcée à garder les yeux ouverts jusqu'à onze heures et demie afin de profiter une bonne fois toute seule de la lune en la regardant par la fenêtre ouverte ; malheureusement ce sacrifice n'a abouti à rien puisque la lune rayonnait tant que je ne pouvais prendre le risque d'ouvrir la fenêtre.
Je nous vois tous les huit dans l'Annexe comme si nous étions un morceau de ciel bleu entouré de gros nuages noirs. Sur le cercle bien délimité où nous nous tenons, nous sommes encore en sécurité, mais les nuages s'avancent toujours plus près, et l'anneau nous séparant du danger qui s'approche ne cesse de se resserrer. Maintenant, le danger et l'obscurité sont tellement imminents que, ne sachant où nous réfugier, nous nous cognons les uns aux autres. Nous regardons en bas où les gens se bagarrent, nous regardons en haut où c'est calme et beau, et entre-temps, notre cercle est isolé par la masse sombre qui ne nous pousse ni en bas, ni en haut, mais se tient devant nous, mur impénétrable, qui s'apprête à nous détruire.