❤️ Nous avons besoin de votre aide : l'accès au site est (et restera) gratuit et sans publicité, soutenez-nous en devenant un bienfaiteur
Retour

Les dictées issues des œuvres deAnnie Ernaux

3 dictées
Textes de Annie Ernaux

L'an 2000 approchait. Nous en étions incrédules, qu'il nous soit donné à nous de connaître cela. On trouvait dommage que des gens meurent avant. On n'imaginait pas qu'il puisse se passer normalement, un « bug » informatique était annoncé, un dérèglement planétaire, une espèce de trou noir précurseur de la fin du monde, d'un retour à la sauvagerie des instincts. Le vingtième siècle se fermait derrière nous à coups de bilans, tout était répertorié, classé, évalué, les découvertes, les œuvres littéraires, artistiques, les guerres, les idéologies, comme s'il fallait rentrer dans le vingt-et-unième siècle avec une mémoire blanche. Une sorte de temps solennel et accusateur nous surplombait et nous dépouillait de nos propres souvenirs, de ce qui n'avait jamais été pour nous cette totalité, « le siècle », mais seulement un glissement d'années, plus ou moins saillantes selon les modifications de notre vie.

Femmes fragiles et vaporeuses, fées aux mains douces, petits souffles de la maison qui font naître silencieusement l'ordre et la beauté, femmes sans voix, soumises, j'ai beau chercher, je n'en vois pas beaucoup dans le paysage de mon enfance. Ni même le modèle au-dessous, moins distingué, plus torchon, les frotteuses d'évier à se mirer dedans, les accommodatrices de restes, et celles qui vont à la sortie de l'école un quart d'heure avant la sonnerie, tous devoirs ménagers accomplis ; les bien organisées jusqu'à la mort. Mes femmes à moi, elles avaient toutes le verbe haut, des corps mal surveillés, trop lourds ou trop plats, des doigts râpeux, des figures pas fardées du tout ou alors le paquet, du voyant, en grosses taches aux joues et aux lèvres. Leur science culinaire s'arrêtait au lapin en sauce et au gâteau de riz, assez collant même.

Ma mère n'a fermé le commerce que pour l'enterrement. Sinon, elle aurait perdu des clients et elle ne pouvait pas se le permettre. Mon père décédé reposait en haut et elle servait des pastis et des rouges en bas. Larmes, silence et dignité, tel est le comportement qu'on doit avoir à la mort d'un proche, dans une vision distinguée du monde. Ma mère, comme le voisinage, obéissait à des règles de savoir-vivre où le souci de dignité n'a rien à voir. Entre la mort de mon père le dimanche et l'inhumation le mercredi, chaque habitué, sitôt assis, commentait l'événement d'une façon laconique, à voix basse : « Il a drôlement fait vite ».

Dictées gratuites de Annie Ernaux
L'an 2000
L'an 2000
L'an 2000
Source : Les Années
Femmes
Femmes
Femmes
Source : La Femme gelée
Le commerce
Le commerce
Le commerce
Source : La Place
🚀 Pour aller plus loin
❤️
Bienfaiteur

Soutenez-nous en devenant
un bienfaiteur

📝
Créateur

Créez des dictées et jeux de mots

🎓
Éducation

Un outil pédagogique
dédié à l'enseignement