Les dictées issues des œuvres deAntoine Blondin
2 dictéesTextes de Antoine Blondin
Quels que soient l'ampleur et le retentissement des événements qui ébranlent le monde à longueur d'année, il faut avoir les oreilles singulièrement hérissées pour en tirer prétexte à vilipender le Tour de France, dont l'un des mérites est précisément de nous les faire oublier. Au demeurant, nous savons avec les sociologues, qui sont gens de recul, que l'histoire générale des peuples s'inscrit bien plus sûrement à travers leur style de vie et leur art d'aimer que sur les champs de bataille ou dans les traités de paix. La France, si harmonieusement distribuée entre des vocations méditatives et légères, est depuis toujours contenue dans sa propre chronique sentimentale. C'est l'une des vertus du Tour de la faufiler sous son double aspect rural et citadin, pathétique et triomphal.
Sous la lumière déclinante de cinq heures, la maison de ma mère paraissait noire, comme sa robe. Elle était située après le passage à niveau, en bordure d'un sentier qui longeait la voie ferrée et finissait par se perdre dans les champs. Une fenêtre ouvrait du côté des vaches, l'autre du côté des trains. Enfant, je courais de l'une à l'autre. J'ai connu des vaches diverses, je n'ai jamais vu passer qu'un seul train. Encore ne faisait-il qu'aller et venir jusqu'au soir où il rentrait de soi-même dans sa boîte en bois palpitante. C'était un animal parfaitement apprivoisé. Ce n'est pas de lui que je tiens le goût des aventures, mon père me l'a légué avec ses livres, ses disques, ses pipes de voyageur immobile.