Les dictées issues des œuvres deArthur Koestler
4 dictéesTextes de Arthur Koestler
À moins d'un gigantesque complot auquel participeraient une trentaine de facultés dans le monde, et plusieurs centaines d'hommes de science respectés dans leurs diverses disciplines, et dont beaucoup furent d'abord hostiles aux dires des parapsychologues, la seule conclusion que puisse tirer un observateur sans préjugé est qu'il existe certainement un petit nombre de gens qui perçoivent des informations existant soit dans l'esprit d'autrui, soit dans le monde extérieur, par des moyens jusqu'ici inconnus à la science. Cela n'est pas à interpréter comme un appui donné à des notions comme la survie après la mort, l'idéalisme philosophique ou quoi que ce soit d'autre…
Elle avait un port de reine, dans sa vieillesse, s'habillait avec soin, elle avait de belles boucles blanches comme neige. Mince, soucieuse de sa ligne, elle dormait en corset. Elle adorait jouer du piano. Il paraît que Karl disait : « Depuis que j'ai épousé un piano mécanique, je n'aime plus la musique. » Et à propos de sa façon de jouer quelqu'un ajoutait : « Quelle est la différence entre Sophie et une machine à coudre ? Sophie va plus vite, mais la machine à coudre est plus sensible. » Elle jouait de mémoire les classiques faciles et en connaissait beaucoup. Pour faire la virtuose elle introduisait des cadences de son cru, sans trop gâter le morceau. Elle ne pouvait rien jouer sans y ajouter une improvisation. Je me la rappelle à près de quatre-vingts ans, au piano, frappant de toutes ses forces, les doigts courant sur le clavier…
Le problème des médiums a été entièrement discrédité par l'extrême difficulté de distinguer nettement entre la tromperie délibérée, la duperie inconsciente et les petites tricheries des soirées de malchance. Mais les expériences de laboratoire, dans les recherches modernes sur la perception extra-sensorielle sont conçues de manière à éliminer toute duperie, consciente ou inconsciente, autant que cela est humainement possible ; les contrôles y sont aussi rigoureux, sinon plus, que dans toute autre discipline. Cependant le folklore des soirées mystérieuses dans le salon de nos grand-tantes s'obstine à gêner notre confort intellectuel. Et cela d'autant plus que les personnes « sensibles » sont par définition plus émotives que rationnelles, bien souvent imprévisibles, quelquefois hystériques. Mais en outre, il faut compter avec un paradoxe attristant. Il y a cent ans les gens cultivés répugnaient au mélodrame de l'occultisme spirite ; aujourd'hui c'est l'atmosphère stérilisée des laboratoires qui les rebute.
Il y a cent-cinquante ans, le jour de la prise de la Bastille, la balançoire européenne, longtemps inactive, s'est remise en mouvement. Elle avait quitté la tyrannie avec allégresse ; d'un élan qui semblait irrésistible, elle s'était élancée vers le ciel bleu de la liberté. Pendant cent ans elle avait monté de plus en plus haut dans les sphères du libéralisme et de la démocratie. Mais voilà que peu à peu elle ralentissait son allure ; la balançoire arrivait près du sommet et du moment critique de sa course ; puis, après une seconde d'immobilité, elle se mit à marcher en arrière, avec une vitesse sans cesse accélérée. Du même élan que pour monter, la balançoire ramenait ses passagers de la liberté à la tyrannie. Quiconque regardait en l'air au lieu de tenir ferme était pris de vertige et tombait.
Dictées gratuites de Arthur Koestler
147 mots
Source : L'étreinte du crapeau
142 mots
Source : Le zéro et l'infini