Jane n'est plus… Celle que la presse qualifie à présent d'icône est partie et avec elle, une page se tourne. Son couple avait fait, à ses heures, couler beaucoup d'encre et suscité des controverses. La maturité l'avait conduite à une sérénité et une certaine sagesse. Elle avait su vieillir en beauté, une beauté naturelle, gracieuse, simple. Elle qui avait toujours conservé ce petit accent « so British » était pourtant résolument attachée à la France. Nous garderons d'elle, dans nos mémoires, ses fautes de français si charmantes et cette voix cristalline et fragile qui savait tellement nous toucher, magnifiquement mise en valeur par celui qui non seulement était son pygmalion, mais également son talentueux complice. Les combats qu'elle avait menés dans la deuxième partie de sa vie, pour des causes aussi diverses que nobles, avaient mis en exergue une profondeur auparavant insoupçonnée. Chère Jane, nous garderons de toi ton sourire.
Pour tenter de les calmer, l'institutrice désemparée avait fait l'éloge appuyé et dithyrambique de l'un d'entre eux qui lui apparaissait d'emblée être le chef de file. Cette technique était-elle l'échappatoire rêvée pour obtenir enfin un calme tant voulu ? Elle décida de leur faire un cours de géographie et attira leur attention sur les planisphères accrochés sur les différents murs de la salle. Elle leur fit remarquer le bleu des mers et, comme par magie, le calme revint. Elle avait enfin trouvé l'antidote rêvé pour un professeur !
La cloche avait sonné pour la deuxième fois et tous les élèves étaient réunis. L'institutrice en connaissait certains plus fatigants que d'autres. Ces derniers se disaient qu'en la fatiguant, ils pourraient peut-être avoir plus de temps libre. Ce dernier mardi, leur indiscipline avait été à son absolu apogée. Ils avaient investi la classe mais cette fois-ci, ils l'avaient envahie en touchant à tout, lançant leurs mains tels des tentacules acérés de pieuvres survoltées.
Le départ d'Orly était à présent imminent. Bien que ce ne fût pas le Concorde ou quelque glorieuse légende aéronautique, Joséphine était tout excitée à l'idée de s'envoler à bord d'un de ces « albatros mécaniques » avides de kérosène. Elle était surtout enthousiaste de quitter un quotidien qu'elle devinait à jamais morose. Ce voyage était synonyme de nouveau départ, tant géographique que social. Là-bas, elle sera inconnue. Tous les espoirs étaient donc permis. Elle était plongée dans cette rêverie lorsqu'elle entendit l'appel des hôtesses pour l'embarquement. Elle s'avança nonchalamment, comme pour cacher cet empressement et cette impatience un peu enfantins qu'elle ressentait. C'était pour elle une première et elle comprenait à présent, parce qu'elle le vivait, pourquoi ses amis étaient si fascinés par les voyages. Dans une dizaine d'heures à peine, elle arriverait à destination…