Les dictées issues des œuvres deDelphine de Vigan
2 dictéesTextes de Delphine de Vigan
Vêtue d'une robe de chambre, une femme d'une cinquantaine d'années, a ouvert. Dès qu'elle a vu Thibault, son visage s'est éclairé. Encore vous ? Ni l'adresse, ni l'endroit, et encore moins le visage de cette femme ne lui étaient familiers. Pardon ? Eh bien, c'est vous qui êtes venu il y a quinze jours. Il a pensé que cette femme le confondait avec un autre médecin. Il est entré derrière elle, a regardé autour de lui. Le buffet du salon, les bibelots, l'épaisseur des rideaux de la chambre ne lui évoquaient rien non plus. Pas plus que le corps maigre, la chemise de nuit en nylon rose, les ongles immenses et peints. Après l'avoir auscultée, Thibault lui a demandé si elle avait conservé l'ordonnance pour voir le traitement qui lui avait été prescrit.
La voix traverse le sommeil, oscille à la surface. La femme caresse les cartes retournées sur la table, elle répète plusieurs fois, sur ce ton de certitude : le vingt mai, votre vie va changer. Mathilde ne sait pas si elle est encore dans le rêve ou déjà dans la journée qui commence, elle jette un œil à la pendule du radio-réveil, il est quatre heures du matin. Elle a rêvé. Elle a rêvé de cette femme qu'elle a vue il y a quelques semaines, une voyante, oui, voilà, sans châle ni boule de cristal, mais une voyante quand même. Elle a traversé tout Paris en métro, s'est assise derrière les rideaux épais, au rez-de-chaussée d'un immeuble du seizième arrondissement, elle lui a donné cent-cinquante euros pour qu'elle lise dans sa main, et dans les nombres qui l'entourent.