Les dictées issues des œuvres deFrancis Jammes
3 dictéesTextes de Francis Jammes
Almaïde d'Etremont aime à assister, le dimanche après midi, aux danses que les habitants du hameau forment autour de la vieille église. Bergères et bergers font, ce jour-là, un lent rondeau. Les jeunes filles portent le sanglant capulet d'Ossau, et les gorges bombent sous le châle où sont brodés l'épi de blé et les fleurs bleues et rouges des sommets. Elles vêtent la robe noire aux bandes d'azur qui est relevée en arrière et imite les ailes bordées de ciel des papillons. Et, lentement, le rondeau tourne, si lentement, accompagné d'une psalmodie si lente, que tous semblent s'endormir de langueur à leur chant. Ces montagnards ont des physionomies aussi tranquilles que des choses.
L'enfant aime le bois où le loup mange dans la main de la fée, le château où dans la joie les trompettes des valets retentissent, la cuisine qui s'ouvre sur le parterre où les fleurs ont la mélancolie d'un grand sommeil. Il voit à l'horizon le chemin qui serpente vers le ciel à travers la colline et, à droite et à gauche, des treilles où des vieillards viennent manger du chasselas. À ses yeux, la vie éclate comme un diamant taillé à travers quoi chaque créature ou chaque chose, peu à peu, apparaît : l'écrevisse que l'on saisit sous la souche dans le ruisseau, le papillon jaune, la digue, la salade sauvage que l'on déracine avec un couteau.
Lièvre alla se gîter dans une marnière où il demeura jusqu'au soir, assis, les yeux ouverts. Il s'y tenait comme un roi, sous l'ogive des branches. Il s'y assoupit. Mais son rêve inquiet n'était point celui que donne le calme sommeil du torpide après-midi. Il ne connaissait point le repos sans alerte du lézard dont la vie palpite à peine dans le songe des vieux murs, ni la sieste confiante du blaireau dans son terrier qu'emplit une obscure fraîcheur. Le moindre bruit lui redisait le danger de tout ce qui bouge, tombe, frappe ; l'insolite mouvement d'une ombre, l'approche de l'ennemi. Il savait que, dans le gîte, il n'est de bonheur que si tout est semblable à ce qui s'y trouvait à l'instant.