Les dictées issues des œuvres deGeorges Brassens
3 dictéesTextes de Georges Brassens
J'ai plaqué mon chêne comme un saligaud, mon copain le chêne, mon alter ego. On était du même bois, un peu rustique, un peu brut, dont on fait n'importe quoi sauf naturellement les flûtes. J'ai maintenant des frênes, des arbres de Judée, tous de bonne graine, de haute futaie. Mais toi, tu manques à l'appel, ma vieille branche de campagne, mon seul arbre de Noël, mon mât de cocagne. Auprès de mon arbre je vivais heureux, je n'aurais jamais dû m'éloigner de mon arbre, je n'aurais jamais dû le quitter des yeux. Je suis un pauvre type, je n'aurai plus de joie. J'ai jeté ma pipe, ma vieille pipe en bois, qui avait fumé sans se fâcher, sans jamais me brûler la lippe, le tabac de la vache enragée dans sa bonne vieille tête de pipe.
C'était tremblant, c'était troublant, c'était vêtu d'un drap tout blanc. Ça présentait tous les symptômes, tous les dehors de la vision, les faux airs de l'apparition. En un mot, c'était un fantôme ! À sa manière d'avancer, à sa façon de balancer les hanches quelque peu convexes, je compris que j'avais affaire à quelqu'un du genre que j'préfère : à un fantôme du beau sexe. « Je suis un p'tit Poucet perdu, me dit-elle, d'une voix morfondue. Un pauvre fantôme en déroute. Plus de trace des feux follets, plus de trace des osselets dont j'avais jalonné ma route ! Des poètes sans inspiration auront pris, quelle aberration, mes feux follets pour des étoiles. De pauvres chiens de commissaire auront croqué, quelle misère, mes osselets bien garnis de moelle. »
Juste au bord de la mer, à deux pas des flots bleus, creusez si c'est possible un petit trou moelleux, une bonne petite niche, auprès de mes amis d'enfance, les dauphins, le long de cette grève où le sable est si fin, sur la plage de la Corniche. C'est une plage où même à ses moments furieux, Neptune ne se prend jamais trop au sérieux, où quand un bateau fait naufrage, le capitaine crie : « Je suis le maître à bord ! Sauve-qui-peut, le vin et le pastis d'abord, chacun sa bonbonne et courage ». C'est là que jadis, à quinze ans révolus, à l'âge où s'amuser tout seul ne suffit plus, je connus la prime amourette. Déférence gardée envers Paul Valéry, moi, l'humble troubadour sur lui je renchéris, le bon maître me le pardonne, et qu'au moins si ses vers valent mieux que les miens, mon cimetière soit plus marin que le sien.
Dictées gratuites de Georges Brassens
160 mots
Source : Supplique pour être enterré à la plage de sète