J'ai plaqué mon chêne comme un saligaud, mon copain le chêne, mon alter ego. On était du même bois, un peu rustique, un peu brut, dont on fait n'importe quoi sauf naturellement les flûtes. J'ai maintenant des frênes, des arbres de Judée, tous de bonne graine, de haute futaie. Mais toi, tu manques à l'appel, ma vieille branche de campagne, mon seul arbre de Noël, mon mât de cocagne. Auprès de mon arbre je vivais heureux, je n'aurais jamais dû m'éloigner de mon arbre, je n'aurais jamais dû le quitter des yeux. Je suis un pauvre type, je n'aurai plus de joie. J'ai jeté ma pipe, ma vieille pipe en bois, qui avait fumé sans se fâcher, sans jamais me brûler la lippe, le tabac de la vache enragée dans sa bonne vieille tête de pipe.