Rien n'est jamais acquis à l'homme, ni sa force, ni sa faiblesse, ni son cœur, et quand il croit ouvrir ses bras, son ombre est celle d'une croix, et quand il croit serrer son bonheur, il le broie. Sa vie est un étrange et douloureux divorce, il n'y a pas d'amour heureux. Sa vie, elle ressemble à ces soldats sans armes qu'on avait habillés pour un autre destin et qu'on retrouve au soir, désœuvrés, incertains. Dites ces mots ma vie et retenez vos larmes, il n'y a pas d'amour heureux. Mon bel amour, mon cher amour, ma déchirure, je te porte dans moi comme un oiseau blessé et ceux-là sans savoir nous regardent passer, répétant après moi les mots que j'ai tressés et qui pour tes grands yeux tout aussitôt moururent, il n'y a pas d'amour heureux.
Les Parisiens n'ont jamais de leur ville le plaisir qu'en prennent les provinciaux. D'abord, pour eux, Paris se limite à la taille de leurs habitudes et de leurs curiosités. Un Parisien réduit sa ville à quelques quartiers, il ignore tout ce qui est au-delà qui cesse d'être Paris pour lui. Puis il n'y a pas ce sentiment presque continu de se perdre qui est un grand charme. Cette sécurité de ne connaître personne, de ne pouvoir être rencontré par hasard. Il lui arrive d'avoir cette sensation bizarre au contraire dans de toutes petites villes où il est de passage, et le seul à ne pas connaître tous les autres.