À cent mètres de la gare une grande et profonde tranchée barre la route. La voiture ne peut aller plus loin. Des feux du bivouac sont tout près de nous, il fait presque nuit. Les silhouettes éclairées des soldats se détachent sur l'horizon du ciel rouge d'un merveilleux soleil couchant. Je ne sais quel parti prendre pour transporter les malles à la gare. Le cocher dépose les bagages ; faire plus n'est pas dans le programme. Je grimpe le talus qui borde la route ; là, je me trouve dans le camp du bivouac, je m'approche d'un feu. Les hommes accueillent mes bébés, leur font chauffer à la flamme leurs menottes roses, la soirée est froide, une belle soirée d'automne.
Des jours, des semaines passèrent puis on décréta qu'il fallait se faire vacciner. J'avais observé par ce temps d'épidémie, que les personnes se faisant vacciner étaient atteintes de la maladie quinze jours après. On disait à cela qu'elle était plus bénigne et que l'on risquait moins d'y rester. Mais comme j'avais une superbe santé, je n'avais nulle envie de m'inoculer quoi que ce soit. Je restais donc dans un coin du salon, observant cette pléiade humaine présentant ses bras au médecin. Mes deux femmes se laissaient vacciner ; puis arrivaient les domestiques, les métayers tenant leurs petites filles par la main. C'était amusant cette randonnée, chacun s'empressant pour prendre son tour comme à une distribution de prix.