Salut. C'est moi. Ça fait un moment qu'on ne s'est pas vus. Cent-deux jours, pour être précise. J'espère que je te manque atrocement, ça t'apprendra. N'en déduis pas que je n'avais pas envie de te voir ou que, vu le chaos intersidéral qu'est devenue ma vie dernièrement, je n'ai plus le temps de penser à toi. Je pense à toi à peu près deux-mille fois par jour. Je vois une feuille, une salière, une voiture, un savon, je pense à toi. C'est plus fort que moi. Je relis nos textos quasiment tous les soirs… Il m'arrive même encore de reconnaître ta silhouette à la sortie du lycée ou sous un abribus. Puis la silhouette se retourne et l'espoir s'envole. Évidemment, ce n'est jamais toi.
Oliver vient de rentrer du boulot. Je l'entends qui enlève son manteau dans l'entrée. Rien qu'à l'odeur je sais qu'il a rapporté des fish and chips du pub d'en bas. Il prend très au sérieux son intégration à Londres. Depuis notre emménagement, il a décidé de vivre tous les clichés des guides touristiques, il boit de la bière brune, mange des fish and chips trois fois par semaine, des haricots rouges au petit déjeuner et prend son thé avec un nuage de lait, tous les jours à dix-sept heures. Je m'attends à tout moment à le voir débarquer en uniforme de la garde royale pour m'exécuter la relève de Buckingham Palace… Moi, les États-Unis me manquent. Je ne lui dis pas, mais je rêve d'y retourner.