Les dictées issues des œuvres deMme Hector Malot
2 dictéesTextes de Mme Hector Malot
Pendant qu'on causait, Françoise examinait la pièce où toute l'existence de ses vieux amis s'écoulait maintenant : elle était humble, cette chambre, pauvre même, et son cœur se serra lorsqu'elle découvrit, jeté sous un pan du tapis de la table, un bonnet de linge médiocrement frais, qui avait été remplacé à la hâte sur la tête de la maîtresse de la maison par une coiffure de mousseline à ruban de velours. Elle comprit sur-le-champ à quoi s'étaient passés les instants qu'ils avaient attendus en bas : à changer de bonnet, à faire une toilette ! Et ces gens, effarés par une visite imprévue, avaient été autrefois brillants comme elle-même, heureux, aimés, entourés, et c'étaient les sévérités de la vie, les catastrophes, l'âge, la ruine qui les avaient relégués dans cette petite ferme.
C'était la vallée de la Seine qui s'étalait sous leurs yeux, un peu la vue qu'on leur avait montrée des mansardes de la maisonnette, mais qu'ici on pouvait suivre librement, le regard bercé par les moelleuses sinuosités du fleuve. À droite, les pentes de la forêt de la Londe et de Rouvray descendaient à des prairies larges, étalées, d'un vert métallique, frais en ce jour d'octobre comme un champ printanier ; puis, par-delà la rivière, devant les yeux, résineuse, profonde, la forêt de Roumare montait en éventail dans un mouvement régulier, lent, majestueux, pour arrondir ses cimes sur le fond d'un ciel pâli. Dans ce paysage enchanté, tout parlait de vie puissante, de richesse prodiguée, de grandeur féconde.