Les dictées issues des œuvres deVette de Fonclare
2 dictéesTextes de Vette de Fonclare
Il y a depuis peu quelque chose dans l'air, bien plus d'animation et de vie. La lumière dégouline partout en torrent dans les rues : des maisons, des sapins, des vitrines, des nues… Le ciel bleu provençal joue le jeu lui aussi : depuis plus de huit jours il fait dans le Midi un bon temps sec et doux. Le mistral tout perclus sait malgré sa folie qu'il serait malvenu de souffler pour gâcher l'enthousiasme et la fête. Un groupe de chanteurs s'époumone à tue-tête : c'est l'Armée du Salut qui sait se souvenir que ce remue-ménage et ces cris et ces rires, c'est le joyeux rappel qu'un tout petit enfant s'en vint en notre monde il y a deux-mille ans.
C'est un beau matin blond, léger et presque chaud. Une foule empressée afflue au cimetière les bras chargés de pots, le cœur en bandoulière. Une brise éphémère effleure les sureaux. C'est un tendre matin, un vestige d'été sur l'immense jardin rutilant des couleurs d'un grand feu d'artifice. Et la pierre émoussée par les larmes, le temps, est couverte de fleurs. Les chrysanthèmes d'or qu'on apporte aux défunts, s'ils sont tout bigarrés, n'ont presque pas d'odeur. Les morts ne souffrent pas d'un abus de parfums au creux du cimetière, leur ultime demeure. Ils sont partis ailleurs et n'ont aucune envie d'être encor parmi nous où tout s'enfuit et lasse. Mais le grand jardin roux flambe sous le soleil comme un vaste bouquet en ce très bel automne. C'est l'heure de la messe et une cloche sonne.