Et l'on revenait à Paris, on retrouvait à son quatrième la vieille bonne qui, pendant l'absence, avait astiqué tout l'appartement ; on éternuait un peu à cause du poivre et du camphre répandus à profusion ; les piailleries de la mère Trochu et le cliquetis des seaux rappelaient assez mal le chant du grillon ; les voix harmonieuses de la campagne s'éloignaient, et la vie régulière et sage reprenait son cours. Pendant la saison des vacances, nous étions tenues de balayer nos chambres, souvenez-vous-en, cousine, et de veiller aux taches de nos vêtements ; puis, nous dressions le couvert et prenions la peine de l'enlever, en ayant soin de réserver, dans une grande soupière, les croûtons laissés dans la corbeille qui, chaque semaine, se convertissaient en un pudding aussi magnifique qu'économique.
La campagne nous enivrait. Dans ces temps-là, il ne venait à l'idée de personne qu'on eût à divertir la jeunesse. Elle s'amusait comme elle pouvait. Le golf, le tennis, le diabolo, étaient inconnus ; la bicyclette n'existait pas ; le croquet semblait objet de luxe, et les pique-niques, les excursions, la comédie, les réunions dansantes, eussent été jugés sévèrement et qualifiés de déraisonnables… La question n'était même pas agitée. On flânait autour du jardinier ; on allait voir la bonne mère Jitard, qui soignait la basse-cour et savait les vieilles chansons du pays ; on regardait faire le beurre, puis la lessive ; et les jours de liberté coulaient paisibles, dans une médiocrité heureuse et douce…