D'un bout de l'année à l'autre le « Château » était une maison ouverte, mon père y accueillait les marchands ambulants, les colporteurs, enfin tous ceux par qui se faisait le commerce et qui passaient par le village. L'arrivée d'un colporteur était tout un événement, aujourd'hui ça peut paraître dépassé, mais en ce temps-là pour nous, pour les enfants que nous étions, qui ne connaissaient du monde que le clocher de l'église, l'odeur de l'écurie et le sarclage des pommes de terre, le colporteur était tout un spectacle. Il en venait de toutes sortes, le marchand de graines, le mercier, le ferblantier, le marchand d'habits et le plus humble de tous, qui brandissait son inventaire sur un bâton en forme de candélabre, je veux parler du marchand de lacets. Tous savaient qu'il y aurait de la place pour eux…