Deux raisons nous poussent à nous interroger de toute urgence sur le rôle des prisons en France. La première est philosophique : pourquoi la privation de liberté constitue-t-elle, dans une République héritière de l'humanisme des Lumières, la sanction pénale la plus évidente ? Notre esprit universaliste voudrait que le sentiment de faire « communauté » franchisse les enceintes des prisons et fasse à tous les détenus la même promesse émancipatrice : celle de pouvoir se réinsérer après avoir réparé les fautes commises. Mais les données contredisent cette intuition et, dans les faits, la majorité des Français semble préférer une société de la dégradation à une société de la réparation. La seconde raison part d'un constat : la prison constitue un aveu d'échec terrible de la justice pénale française. Plus de la moitié des personnes condamnées à une peine « ferme » sont réincarcérées dans les cinq ans qui suivent leur libération.