C'est la première fois que Myriam prend un train. Elle colle son visage contre la vitre, pendant des heures, le nez et les joues écrasés, elle ne se lasse pas du spectacle, il lui semble que le train invente pour elle des paysages, au fur et à mesure qu'il avance, elle compose des histoires dans sa tête. Elle trouve les gares des villes impressionnantes. À Budapest, elle croit que le train entre dans une cathédrale. Les gares de campagne, au contraire, lui apparaissent comme des maisons de poupées, avec leurs briques rouges ou leurs volets de bois peints dans des couleurs vives. Un matin, au réveil, les forêts de hêtres ont été remplacées par une voie creusée dans la roche, si proche qu'elle menace de s'abattre sur eux.
Myriam nous apprenait à faire de la confiture, du miel, des conserves de fruits au sirop, comment entretenir le potager et le verger, avec l'arbre à coings, l'abricotier et le cerisier. Nous faisions des herbiers, des spectacles, des jeux de cartes. Nous faisions aussi des bougies avec des oranges, en faisant une mèche avec la tige dans l'écorce vidée du fruit. Il fallait rajouter de l'huile d'olive. De temps en temps nous allions au village, acheter des saucisses pour les grillades, des côtelettes, de la farce pour les tomates ou des alouettes sans tête. Il fallait traverser la forêt, une longue marche sous le soleil. Nous, les enfants, savions marcher sur ces sentiers, pieds nus et sans douleur.