Les dictées issues des œuvres deAnne Brontë
6 dictéesTextes de Anne Brontë
Moi aussi je la rencontrais parfois quand elle venait à l'église et lorsque, tenant son fils par la main, elle se promenait dans les collines. Certains jours, ils faisaient une longue promenade dont le but était fixé d'avance. Elle avait toujours un livre à la main et son fils gambadait près d'elle. Lorsque, me promenant à pied ou à cheval, je l'apercevais de loin, je m'arrangeais pour que nos routes se croisent, car j'aimais la voir et lui parler et j'étais toujours heureux de bavarder avec son petit compagnon. Dès que j'eus brisé la carapace de timidité qui le protégeait des étrangers, l'enfant se révéla aimable, intelligent et amusant.
Les restes mortels de mon père venaient d'être confiés à la tombe, et nous, avec de tristes visages et de noirs vêtements, nous restions assises à la table après le frugal déjeuner, faisant des plans pour notre vie future. L'âme ferme de ma mère avait résisté à cette affliction ; son esprit, quoique abattu, n'était point brisé. L'opinion de Mary était que moi je devais retourner à Horton-Lodge, et notre mère aller demeurer avec elle et monsieur Richardson au presbytère ; elle assurait que son mari le désirait autant qu'elle et qu'un tel arrangement ne pouvait qu'être agréable à tous, car la société et l'expérience de ma mère leur seraient d'un prix inestimable, et ils feraient de leur côté tout ce qu'ils pourraient pour la rendre heureuse.
Arthur, lui, me saluait de loin et courait vers moi dès qu'il m'apercevait. Lorsque j'étais à cheval, il faisait un petit galop avec moi et lorsqu'une des bêtes de la ferme était en vue, je l'aidais à l'enfourcher. Sa mère marchait toujours à nos côtés ; je pense qu'elle veillait surtout à ce que je n'aie aucune mauvaise influence sur l'esprit de l'enfant, car elle le surveillait toujours et l'obligeait à jouer sous ses yeux. Elle préférait le voir galoper et jouer avec Sancho ; tandis que nous cheminions côte à côte, elle semblait parfaitement contente et je ne pouvais m'imaginer que seul le plaisir de ma compagnie la rendait heureuse.
Oui, tu es parti ! Et jamais plus ton sourire ensoleillé ne me réjouira ; mais je peux franchir la porte de la vieille église, arpenter le sol qui te recouvre, me tenir sur la pierre froide et humide, et penser que dessous, glacé, repose le cœur le plus enjoué que j'ai connu, le plus aimable que je connaîtrai jamais. Pourtant, si je ne peux plus te voir, cela reste un réconfort de t'avoir vu ; et si ta vie éphémère est achevée, il est doux de penser que tu as été ; de songer qu'une âme si près du divin, dans une forme si belle et angélique, unie à un cœur comme le tien, a réjoui autrefois notre humble sphère.
Je restais là, appuyé sur mon fusil, examinant les pignons noirs, plongé dans une profonde rêverie, bâtissant un vrai conte de fées dans lequel d'anciens souvenirs et la belle recluse cachée derrière ces murs avaient une part égale, lorsque je perçus un bruissement de feuilles de l'autre côté du mur ; une toute petite main s'éleva au-dessus du mur pour aller s'agripper à la pierre la plus haute, puis une seconde petite main la rejoignit afin d'assurer une prise plus solide ; ensuite apparut un front pâle surmonté d'une couronne de cheveux châtains, puis une paire d'yeux bleu foncé et un petit bout de nez blanc.
Ainsi j'étais renvoyée, et j'allais revoir la maison paternelle. Hélas, qu'allaient-ils penser de moi ? Incapable, après toutes mes vanteries, de tenir même pendant une année la place de gouvernante auprès de trois jeunes enfants, dont la mère, au dire de ma tante, était une femme très bien ; ayant été ainsi mise dans la balance et trouvée trop légère, pouvais-je espérer qu'ils me laisseraient faire un second essai ? Cette pensée m'était fort pénible : car, si vexée, fatiguée et désappointée que je fusse, et quoique j'eusse appris chèrement à aimer et apprécier la maison paternelle, je n'étais point encore dégoûtée des aventures ni disposée à me relâcher de mes efforts.