Un de ces lieux qui assomme son visiteur pour mieux le soumettre. Un décor conjugué au passé, suggérant une richesse prudente et une puissance polie. Sur les murs hauts, les visages craquelés que sertissent des cadres d'or sont d'inquiétants témoins, et les trophées de chasse, des victimes épinglées. Dans les miroirs se confondent et se démultiplient les vaisselles d'argent et la cristallerie, les bouquets de fleurs séchées, les livres reliés cuir et gravés d'or, les plissés des tentures lourdes. En ce monde parfaitement figé, seule la poussière danse encore.
Il n'y avait plus rien à ajouter, sinon à attendre l'Apocalypse. Durant quelques secondes, juste avant de répondre à la question, Hadrien avait imaginé sa colère, ses injures, la véhémence avec laquelle elle le jetterait dehors, lui qui osait diffamer le fils adoré et consacré. Mais sous l'effet de cette foudre, Gabrielle de Miremont se figea en marbre pour s'enfermer dans un calme immense. Le silence s'installa. Elle baissa lentement la tête et releva le gilet qui glissait de ses épaules comme on rattrape une dignité échappée. Puis, sans prononcer un mot, elle se leva, chassant gentiment la main de secours qu'Hadrien lui tendait. Alors seulement il découvrit la voûte de son dos et la fragilité de son pas.
Le train creuse la campagne de ce printemps nouveau. Qu'elle puisse autant croître, verdoyer et s'animer me porte au cœur. En moi, c'est l'hiver qui frissonne ; les arbres devraient faire profil bas et se dénuder, le soleil mettre son voile et, surtout, les hommes se taire. Ton absence est une corde qui m'étrangle, vole mon souffle et me brûle la chair aussi fort que je me débats. Parfois, je me cramponne à elle pour retrouver mon chemin jusqu'à la surface du monde. Je me sens comme ces ballons que l'on tient du bout de leur ficelle. Un instant d'inattention, une petite crampe dans la main et il vous file entre les doigts.