En été, les oiseaux réjouissent nos oreilles par leurs mélodieux concerts, et l'un d'eux se charge de continuer cette aimable harmonie jusque dans le silence des nuits, afin qu'en jouissant de leur fraîcheur nous jouissions en même temps du plaisir que nous cause son chant à la fois brillant et doux. L'ombre des bois, le calme des champs, le parfum des fleurs, le murmure des ruisseaux, la saveur des fruits, d'abondantes récoltes, de riches moissons, tout, dans cette période de l'année, se réunit pour combler l'homme de pures et délicieuses jouissances.
Quelles sensations délicieuses on éprouve en entrant dans les frais et riants bocages qui prêtent un asile aux oiseaux de nos campagnes ! Quel doux sentiment s'empare de l'âme en contemplant la touchante harmonie qui règne entre ces aimables habitants de l'air ! Leurs chants mélodieux sont en ce moment ce qui séduit le moins en eux ; l'œil est encore plus ravi que l'oreille n'est charmée. Des époux inséparables, le zèle des soins domestiques, la tendresse maternelle, l'affection inquiète du chef de la famille, tels sont les touchants tableaux que présente aux regards cette petite république !
Le renard n'a pas seulement la finesse en partage, il est encore doué d'un instinct supérieur qui lui enseigne à tourner toutes choses à son profit. C'est à la portée des villages, non loin des hameaux et des fermes, qu'il creuse sa profonde tanière. De sa retraite, il écoute attentivement le chant des coqs et le cri des volailles ; c'est là le son qui plaît le plus à son oreille. Il saisit habilement le moment favorable ; voleur adroit et rusé autant qu'habile, il cache son dessein et sa marche, rampe, se traîne, glisse, arrive et fait rarement des tentatives inutiles. Tantôt d'un bond léger il franchit le mur ou la haie qui entoure le poulailler ; tantôt il s'aplatit et passe par-dessous, à ses risques et périls. Une fois entré, il ne perd pas une minute ; il ravage la basse-cour.
Quelle touchante tendresse les cigognes témoignent à leurs petits ! Avec quelle activité elles courent chercher la pâture assignée à leurs chers nourrissons ? Ces enfants chéris veulent-ils commencer à essayer leurs forces dans les airs, les tendres parents les portent sur leurs ailes ; ils les exercent peu à peu et par degrés à voler, ils les défendent contre leurs ennemis, et s'ils ne peuvent les sauver, ils périssent avec eux plutôt que de les abandonner. Quand le soleil trop ardent pourrait nuire à ces bien-aimés enfants, le père et la mère les couvrent de leurs ailes, et cruels contre eux-mêmes par tendresse pour leurs petits, ils reçoivent sur eux les ardeurs brûlantes du soleil pour en préserver les objets de leur amour.
Les bienfaits dont le printemps nous donnait seulement l'espoir, l'été les a versés sur nous avec abondance. Des fruits délicieux, de riches moissons ont été recueillis dans les vergers et dans les plaines. L'opulent habitant des villes a connu de nouveaux plaisirs. Le villageois laborieux a trouvé le prix de ses travaux et de ses sueurs. Le pauvre, moins malheureux, a goûté des jouissances d'autant plus pures qu'elles sont, pour lui, inaccoutumées. Tous les hommes ont admiré les beautés de la nature, et de quelques cœurs, au moins, se sont échappés des soupirs d'actions de grâces qui sont montés vers le Créateur de tant de merveilles. La décoration de ce théâtre magnifique, où tour à tour acteurs et spectateurs nous passons les jours de notre vie, vient de changer une fois encore. Automne, je te salue !
Contre les ardeurs d'une chaleur brûlante, l'été nous offre pour abri les arbres touffus dont il a rendu le feuillage plus sombre et plus épais. L'eau des sources nous paraît meilleure et plus fraîche lorsque nous y étanchons notre soif. Quand nos pas s'égarent sous ces antiques voûtes de verdure qui nous défendent contre les rayons du soleil, la rouge fraise, en répandant autour de nous son parfum exquis, nous invite à la cueillir, et flatte notre goût par sa saveur. L'azur du ciel, doré par les feux mourants de l'astre du jour, coloré d'une vapeur brillante d'incarnat par le lever de l'aurore, ou parsemé de radieuses étoiles durant les ténèbres de la nuit, réjouit et charme nos regards quand nous les portons vers lui.
L'été commence. Le soleil vient de quitter les signes du printemps ; arrivé au point du solstice, il domine au plus haut du ciel. Bien des fois déjà nous avons vu se renouveler les changements que ce jour apporte à toute la nature ; mais toujours ingrats, ou toujours indifférents, nous n'avons fait attention ni à ces changements, ni à la cause qui les produit. Nous avons remarqué, peut-être, que ce jour qui marque le commencement de l'été est le plus long des jours de l'année, puisque le soleil demeure dix-huit heures sur notre horizon ; nous nous sommes attristés, nous avons murmuré, peut-être, en voyant ceux qui le suivent devenir peu à peu moins longs, et nous faire pressentir déjà le retour du sombre et triste hiver.
Les oiseaux de basse-cour sont du nombre de ceux qui ne construisent pas des nids. Le coq est le roi de la basse-cour. Mais que ses qualités surpassent de beaucoup les dons extérieurs dont il paraît si vain ! Loin d'être en proie à ce froid égoïsme qui ne s'occupe que de soi, le coq semble s'oublier pour les autres. Il est toujours en quête pour découvrir la plus petite graine, la plus petite miette de pain, et, dès qu'il a fait une trouvaille, il appelle ses compagnes, content d'avoir trouvé quelque chose à leur offrir.
Quittons un moment le séjour des villes, et commençons nos excursions matinales, premiers bienfaits que nous offre le printemps. Qu'il est beau ce tapis de verdure où brillent les nuances de mille fleurs. Quel doux éclat le soleil répand sur ces diverses nuances de vert ! Du milieu de ces herbes ondoyantes que berce mollement un léger zéphyr, s'élève radieuse la pâquerette ; le blanc et le rose des franges de son diadème font ressortir le beau jaune d'or dont sa tête est colorée. Ici c'est un bouquet bleuâtre, dont les fleurs groupées se disputent, quoique pareilles, la douceur et la fraîcheur des nuances ; là, le trèfle pourpre, les anémones et les renoncules.
Durant l'aimable saison du printemps, la nature a repris la vie qu'elle semblait avoir perdue pendant l'hiver. C'est au soleil qu'est due cette admirable révolution : il est la source de la joie et du sentiment, il porte partout ses rayons bienfaisants, et partout, sous leur douce influence, s'opère une renaissance universelle. Les graines éprouvent sa vertu dans le sein de la terre, et s'y développent. Son approche fortifie et recrée les animaux ; tout ce qui vit éprouve l'action de ses bienfaits. Quel serait notre sort si nous étions privés longtemps de la lumière et de la chaleur du soleil !