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Les dictées issues des œuvres deÉmile Zola

5 dictées
Textes de Émile Zola

C'était, au centre, un arbre noyé d'une ombre si épaisse, qu'on ne pouvait en distinguer l'essence. Il avait une taille géante, un tronc qui respirait comme une poitrine, des branches qu'il étendait au loin, pareilles à des membres protecteurs. Il semblait bon, robuste, puissant, fécond ; il était le doyen du jardin, le père de la forêt, l'orgueil des herbes, l'ami du soleil qui se levait et se couchait chaque jour sur sa cime. De sa voûte verte, tombait toute la joie de la création : des odeurs de fleurs, des chants d'oiseaux, des gouttes de lumière, des réveils frais d'aurores, des tiédeurs endormies de crépuscule. Sa sève avait une telle force, qu'elle coulait de son écorce ; elle le baignait d'une buée de fécondation ; elle faisait de lui la virilité même de la terre. Et il suffisait à l'enchantement de la clairière.

Depuis des siècles, le paysan prenait au sol, sans jamais songer à lui rendre, ne connaissant que le fumier de ses deux vaches et de son cheval, dont il était avare ; puis, le reste allait au petit bonheur, la semence jetée dans n'importe quel terrain, germant au hasard, et le ciel injurié si elle ne germait pas. Le jour où, instruit enfin, il se déciderait à une culture rationnelle et scientifique, la production doublerait. Mais, jusque-là, ignorant, têtu, sans un sou d'avance, il tuerait la terre. Et c'était ainsi que la Beauce, l'antique grenier de la France, la Beauce plate et sans eau, qui n'avait que son blé, se mourait peu à peu d'épuisement, lasse d'être saignée aux quatre veines.

Et toujours, et du même pas, avec le même geste, il allait au nord, il revenait au midi, enveloppé dans la poussière vivante du grain ; pendant que, derrière, la herse, sous les claquements du fouet, enterrait les germes, du même train doux et comme réfléchi. De longues pluies venaient de retarder les semailles d'automne ; on avait encore fumé en août, et les labours étaient prêts depuis longtemps, profonds, nettoyés des herbes salissantes, bons à redonner du blé, après le trèfle et l'avoine de l'assolement triennal. Aussi la peur des gelées prochaines, menaçantes à la suite de ces déluges, faisait-elle se hâter les cultivateurs. Le temps s'était mis brusquement au froid, un temps couleur de suie, sans un souffle de vent.

De la fenêtre du cinquième étage, impasse d'Amsterdam, on apercevait la gare. Elle trouait le quartier de l'Europe d'une large tranchée. En face, les maisons de la rue de Rome, légères, se brouillaient et s'effaçaient. Sur la droite, le pont de l'Europe coupait de son étoile de fer la tranchée, que l'on voyait filer jusqu'au tunnel des Batignolles. En bas, trois doubles voies y sortaient, se ramifiaient, s'écartaient en un éventail dont les branches de métal allaient se perdre sous les marquises. Les wagons et les machines encombraient les rails, près d'un signal rouge qui tachait le jour pâle.

Au seuil de la charcuterie, Lisa tenait toute la largeur de la porte. Jamais son linge n'avait eu une telle blancheur ; jamais sa chair reposée ne s'était encadrée dans des bandeaux mieux lissés. Elle montrait un grand calme repu, une tranquillité énorme que rien ne troublait, un apaisement. Son corsage était tendu et ses mains potelées, perdues dans le tablier, étaient certaines que le bonheur viendrait. Tout près, l'étalage avait la même félicité. Les langues fourrées s'allongeaient rouges et saines, les jambonneaux faisaient bonne figure, tout comme les guirlandes de saucisses. Au fond, on percevait le tintamarre des casseroles, la charcuterie suait la santé grasse. Lisa, près des cochons pendus, donnait aux Halles le bonjour matinal de ses yeux de forte mangeuse.

Dictées gratuites de Émile Zola
L'arbre
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Source : La Faute de l'abbé Mouret
La Beauce épuisée
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Source : La Terre
Les semailles
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Source : La Terre
Paris Saint-Lazare
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Source : La Bête humaine- Les Rougon-Macquart
Une honnête commerçante
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Source : Les Rougon-Macquart : Le ventre de Paris.
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