Les dictées issues des œuvres deGérard Bouchard
2 dictéesTextes de Gérard Bouchard
Un lien très particulier, très fort, unissait l'habitant à cet animal. Il avait droit à son écurie, à l'écart des autres bêtes. Il était l'objet de mille soins, on le présentait aux visiteurs. Durant le Carême, on pouvait faire jeûner une vache ou un cochon mais jamais un cheval. Comme animal de trait, on le disait supérieur au bœuf qui ne savait pas reculer, n'avait qu'une vitesse et ne comprenait pas l'anglais. On donnait toujours un nom à un cheval rarement à un bœuf. Les observateurs les plus avisés assuraient que la supériorité de l'animal s'affichait même dans la senteur de sa crotte, nettement plus « fine » que celle du bœuf et du cochon. Plusieurs habitants s'endettaient lourdement pour acquérir une bête à leur goût, ce genre d'étalon que l'on faisait parader sur la place de l'église le dimanche.
Ce lieu, qui avait très mauvaise réputation, était une source constante de préoccupations à l'évêché. Trop loin de la ville pour être soumis à une surveillance étroite et bénéficiant de la complaisance de « dirigeants protestants », le Bassin était considéré comme un lieu de perdition. Il était peuplé principalement de célibataires endurcis, de gagne-petit un peu vagabonds que l'on disait adonnés à tous les vices. La pratique religieuse y était très négligée, l'alcool de contrebande y circulait librement et les rixes y étaient monnaie courante. De plus, quelques dames de très petite vertu, dont la funeste « Gourgane » domiciliée à la « Courtisane », étaient soupçonnées d'y faire le commerce de leurs charmes dans la rue du Détour et dans la côte (bien nommée) du Cran chaud.