Les dictées issues des œuvres deGérard Letailleur
3 dictéesTextes de Gérard Letailleur
Au quinzième siècle, un séjour à Paris est une prouesse qui suffit à illustrer son auteur et qu'on ne risque pas deux fois dans sa vie. Il faut donc tout voir, de façon à ébahir les auditeurs futurs pour le restant de ses jours. On vient y faire des emplettes, consulter un « médecin », goûter discrètement à l'un de ces fruits défendus dont la faune parisienne est si féconde et dont on a entendu conter merveille. C'est pourquoi il y a tant d'hôtelleries et de chambres à louer, de tavernes, de cabarets, de boucheries, de rôtisseries et de pâtisseries. Un tel concours de peuple et d'étrangers soutient le prix des locations. Celles qui se rapportent à des lieux meublés sont très répandues, depuis la petite chambre jusqu'à l'hôtel seigneurial que le concierge loue à la journée ou au mois durant l'absence de son maître.
Il y a bien des manières de connaître Paris. Le temps y a accumulé tant de vénérables pierres, de richesses, qu'en dépit des bouleversements politiques, de l'insouciance des démolisseurs, notre capitale entretient toujours la passion de ses visiteurs. La moindre de ses demeures fut à un moment donné le témoin ou le théâtre d'événements importants, ne serait-ce qu'en voyant passer devant les croisées de ses fenêtres des cortèges de princes, d'empereurs, des hordes d'émeutiers, des mascarades révolutionnaires, dans un vacarme indescriptible qui montait de ces cohues mouvantes. Quoi de plus naturel alors, devant cette source d'émotion et d'inspiration, qu'écrivains et artistes aient célébré à l'envi notre vieille cité à travers des récits dramatiques, mélancoliques, drôles et tendres, parfois bercés de poésie méditative et recueillie, mettant en scène une population affairée, remuante, insouciante mais toujours prête à affronter son destin.
Comment comprendre Paris, ses périodes troublées, ses bouleversements sociaux, ses moments de liesse et de joie, sans prendre en compte le pouvoir des lieux ? Dans cet esprit, pour faire revivre les générations disparues, il est un moyen plaisant et original : raconter l'histoire des « boutiques de causerie », nom donné jadis aux cafés de Paris, dans lesquelles elles aimaient se rencontrer, se parler, s'apprécier, se quereller, où, pendant quelques instants, elles se donnaient l'illusion de refaire le monde ou simplement d'exister. Tour à tour tavernes, cabarets, estaminets, cafés, brasseries, ils n'ont été rien de moins qu'une véritable institution sociale, car ils ont donné satisfaction à un goût bien français, celui d'échanger des propos libres et familiers, abordant tous les sujets de la vie.