Les dictées issues des œuvres deMarie Grandin
2 dictéesTextes de Marie Grandin
En Amérique, comme partout ailleurs, les Français ont une réputation de fins gourmets et de cuisiniers éminents. J'étais donc, lorsque je me livrais à mes travaux culinaires, entourée de spectatrices curieuses d'assister à mes préparations, et je n'oublierai jamais leur étonnement lorsque je fis le pot-au-feu. Ce mélange d'eau, de viande et de légumes leur paraissait tout à fait étrange, et leur surprise fut au comble quand, à l'aide d'un morceau de sucre et d'une cuiller, je confectionnai le caramel destiné à colorer mon bouillon. Les émanations de mon pot-au-feu impressionnaient agréablement l'odorat de ces dames, et lorsque mon bouillon fut à point, je leur en offris à toutes. Il y eut unanimité pour le déclarer exquis.
C'est à tous égards, d'ailleurs, que les enfants sont plus heureux là-bas que chez nous. Jamais on n'a ce spectacle d'un pauvre petit bonhomme de quatre ou cinq ans emmené en visite par madame sa mère et, guindé dans ses beaux vêtements, les menottes emprisonnées dans des gants étroits, obligé de demeurer assis sur sa chaise à écouter la conversation peu intéressante pour lui, et quelquefois pour d'autres, des grandes personnes. Même avant mon voyage en Amérique, je trouvais ridicule et odieux d'imposer à ces mignons un pareil supplice, et j'avais soin d'avoir chez moi des joujoux que je mettais très vite à leur disposition, au grand mécontentement parfois de la maman désireuse de montrer la parfaite éducation de bébé, capable de demeurer de longues heures dans l'immobilité et le mutisme d'une statue.