C'est à tous égards, d'ailleurs, que les enfants sont plus heureux là-bas que chez nous. Jamais on n'a ce spectacle d'un pauvre petit bonhomme de quatre ou cinq ans emmené en visite par madame sa mère et, guindé dans ses beaux vêtements, les menottes emprisonnées dans des gants étroits, obligé de demeurer assis sur sa chaise à écouter la conversation peu intéressante pour lui, et quelquefois pour d'autres, des grandes personnes. Même avant mon voyage en Amérique, je trouvais ridicule et odieux d'imposer à ces mignons un pareil supplice, et j'avais soin d'avoir chez moi des joujoux que je mettais très vite à leur disposition, au grand mécontentement parfois de la maman désireuse de montrer la parfaite éducation de bébé, capable de demeurer de longues heures dans l'immobilité et le mutisme d'une statue.