Comme un aveugle de guerre cherche à voir en se référant à ses souvenirs, je fais de la nage cérébrale. Joli brassage de flotte qui doit ressembler au barbotage affolé d'une débutante ! Qui oserait penser que cette ridicule ondine laissait sur place, jadis, les copines du club ? La planche s'impose. Avec des cuisses qui ne valent rien, il n'y a plus qu'à faire du fil-de-l'eau, comme le poisson crevé, en attendant de trouver une solution plus élégante. Tous les animaux ne nagent pas de la même façon et je suis devenue un autre animal, une sorte d'apode. Les couleuvres d'eau, qui nagent si bien, sont aussi des apodes : il faudra m'inspirer de leurs ondulations. Il doit être possible de tenir les jambes soudées, l'une contre l'autre, de se servir des hanches, de transformer tout le bas du corps en godille…