En mandarin, sieste se dit shui wu jiao, littéralement « sommeil du midi ». Un passage obligé et codifié ici avec autant de précision qu'un congrès national du parti communiste. L'article quarante-trois de la Constitution prévoit d'ailleurs que « les travailleurs de la République populaire ont droit au repos ». L'employé débute sa journée dès potron-minet, s'interrompt dès que sonnent onze heures, se sustente en quelques claquements de baguettes. Après quoi vient le moment intangible du roupillon collectif : vingt à trente minutes, jamais plus, durant lesquelles un bon milliard d'individus se jettent sans vergogne dans les bras de Morphée. Plus qu'une invitation à la détente, ce dodo quotidien, encouragé par la médecine traditionnelle chinoise, est considéré comme l'arme ultime de la productivité : il permet de recharger ses batteries. Certains employés iraient même jusqu'à feindre l'endormissement pour être bien perçus de leurs supérieurs.