Personne ne fut plus consterné par la mort d'Emmanuel Kant, que deux vieilles dames qui ne le connaissaient ni par ses œuvres, ni personnellement, mais qui, habitant au coin de la rue où il faisait sa promenade quotidienne, avaient pris l'habitude de régler leur vieille montre d'après le passage de Kant, car sa ponctualité était bien connue de tout le monde : il ne retardait jamais, et, pendant de nombreuses années, il apparut chaque jour, à la même heure, à la même minute précise, sur un point déterminé de sa promenade habituelle. Les deux vieilles dames avaient donc, comme beaucoup d'autres habitants de la rue, accoutumé de régler leurs aiguilles d'après les allées et venues de Kant. Ainsi donc, le plus grand philosophe allemand, Emmanuel Kant, n'avait, suivant le point de vue individuel des deux vieilles dames, d'autre mérite que de se montrer strictement ponctuel dans tous ses actes.