Pendant la saison froide, par les temps humides du printemps et de l'automne, c'est une pièce située au Midi que nous désirons pour le malade, nous l'avons dit. Elle est meilleure à habiter, plus facile à chauffer. Un bon feu flambant y brûlerait, s'il était possible, procurant une douce température et un peu de gaieté, constituant, en outre, un excellent mode de ventilation. Il se produit, en effet, un courant d'air qui, après avoir été chauffé, gagne la partie supérieure de la pièce et s'échappe par la cheminée.
Beaucoup de gens chics et très grammairiens ont la même répugnance pour l'emploi de l'imparfait du subjonctif, et font tout ce qu'ils peuvent pour ne pas le trouver sous leur plume, en écrivant ; dans leur phrase, en parlant. À la troisième personne du singulier, il est encore possible, mais pour le reste du temps, il vaut mieux s'arranger pour se servir de l'infinitif, beaucoup plus élégant. Je connais des personnes très instruites qui, ne pouvant tourner la difficulté, ou ne l'ayant pas prévue à temps, préfèrent pécher contre la grammaire et emploient le présent au lieu de ce maudit imparfait du subjonctif. Ils diront, voire écriront : « Il faudrait que vous vous décidiez », reculant d'horreur devant « que vous vous décidassiez ».
Tous les fruits se pèlent et se mangent à l'aide du couteau et de la fourchette à dessert : le quartier de pomme, de pêche ou de poire, est piqué avec la fourchette tenue de la main gauche, le couteau de la main droite. On enlève ainsi la pelure, l'intérieur du fruit, puis on découpe le quartier épluché. Il est inutile, je pense, de dire qu'on rompt son pain. Pourquoi ne pas le couper ? Parce que des particules de la croûte pourraient, sous l'effort du couteau, sauter dans les yeux des voisins, sur les épaules nues des voisines. La prescription de briser la coquille des œufs n'est pas plus mystérieuse, à ce que je crois. On la met en pièces, afin qu'elle ne roule pas de droite ou de gauche sur les habits des voisins, qu'elle pourrait tacher.
À Paris, les rapports du voisinage se bornent à peu de chose. On veille seulement à ne pas désobliger, ennuyer ceux qui vivent au-dessus, au-dessous ou à côté de soi, par un sans-gêne trop absolu. On tâche de ne pas piétiner sans raison au-dessus de leur tête, on ferme quelquefois sa fenêtre pour épargner au voisin de côté le supplice d'entendre, pendant des heures, le pianotement hésitant d'un enfant, on prend soin de ne pas lancer d'eau, de pot de fleur ou de ne pas secouer la poussière de ses tapis sur le balcon du dessous. Des voisins qui se sont rencontrés plusieurs fois, ouvrant leur porte sur le même palier, se saluent sans se parler. Toute femme est saluée dans les escaliers par un homme, qu'elle habite ou non la maison.
Les gens bien élevés ne font jamais des compliments tout à fait directs, parce que ces compliments peuvent gêner les personnes modestes, timides, un peu sauvages ; il faut se montrer reconnaissant d'un éloge qui vous laisse souvent parfaitement indifférent. C'est insupportable. Mais si le compliment sans précautions oratoires est proscrit par le véritable savoir-vivre, que dire de la critique et des comparaisons déplaisantes à brûle-pourpoint ? Que ce soit la méchanceté ou la franchise brutale qui les dicte, elles feront prendre en grippe celui qui se les permettra, et pourra-t-on prétendre que l'antipathie qu'il inspirera soit imméritée ? Non, vraiment. Quand on a de ces façons de rustre, il faut vivre seul, en compagnie des hiboux, auxquels on peut dire qu'ils sont laids sans les blesser.