Anne descendit du cheval pour cueillir quelques fleurs. « J'en ferai des couronnes », se dit-elle. Sa petite suite s'installa dans une clairière jusqu'à ce que la reine eût fini ses bouquets. Sans y prendre garde, elle s'éloigna. Au fond d'un fossé assez pentu, un tapis de blanches corolles paraissait l'attendre. Elle glissa sur la mousse et se retrouva allongée parmi les fleurs. Les yeux mi-clos, elle se laissa griser par le fort parfum d'humus et de feuilles froissées qui l'enveloppait. À travers les branches, la lune et les étoiles se levaient. C'était une nuit comme on n'en avait pas vu depuis longtemps. Des souvenirs de promenade sur les remparts de Novgorod ou le long du Dniepr, à Kiev, se bousculaient dans sa tête.