La montagne changeait si rapidement de couleur qu’elle ne semblait jamais la même. Un peu plus tôt, dans la bruine, elle était d’un gris vert âpre et dur. À présent, dans la chaude lumière du soleil couchant, elle prenait des teintes adoucies, rose pêche. En hauteur, ses flancs étaient couverts de buissons tordus et d’arbres squelettiques ; à sa base poussaient de grands pins et des touffes de rhododendrons. Des cascades se bousculaient le long des pentes pour aller se jeter dans la rivière. Des lambeaux de nuages déchirés dérivaient dans le ciel. Ce pays sauvage et désolé recelait son cœur. C’était l’unique endroit sur terre où il avait jamais désiré vivre. Désormais, cependant, ce paysage à la douceur trompeuse paraissait le narguer. Du fait de la violence qui avait eu lieu dans ses confins, il allait entamer une odyssée.