Jusque dans son grand âge, ma mère marchait. Souvent, en fin de journée, elle partait d'un pas vif sur les routes, à la périphérie de la ville, pour rejoindre les premiers chemins de campagne, se laissant plus d'une fois surprendre par la nuit. Quand nous la grondions pour l'inquiétude qu'elle nous causait, elle haussait invariablement les épaules, affirmant qu'elle ne courait aucun danger, que ça lui faisait du bien, ça la calmait de toute sa colère rentrée contre le monde en folie dans lequel nous vivions ! Ma mère était une personne « nerveuse », comme disaient pudiquement les adultes de la famille, pour expliquer aux enfants ses humeurs impétueuses et ses tendances rebelles.