Là vivaient les crevettes translucides, les papas crevettes, les mamans, les enfants. Quand j'en avais pris une grosse, c'était peut-être un papa, ou une maman qui revenait du travail. Et je songeais au chagrin de leurs enfants qui pleureraient inconsolablement, et dont les larmes feraient peut-être grossir la rivière. Quand c'était une petite, je me représentais la désolation de ses parents, désolation pareille à celle des oiseaux dont nous dénichions les petits, et qui restaient affolés de douleur toute une journée et le lendemain encore. Et je regrettais d'autant plus celles que je manquais, que je redoutais qu'elles n'aillent conseiller aux autres de se méfier de mon hameçon suspendu sous l'apparence d'un appétissant ver de terre.