Les hommes se levèrent, firent leur toilette et prirent un petit déjeuner copieux à l'hôtel. L'odeur des tartines et du pain grillé titilla leurs narines très tôt. La patronne était habituée aux touristes qui se levaient de bonne heure. Ils apprécièrent cette douce chaleur de l'hôtel si simple et si accueillant. Léon avant de s'endormir la veille avait scruté les parages, attiré par le bruit du roulis de l'eau qui coulait à proximité de l'hôtel. La montagne et les ruisseaux enchantaient son esprit en ce deuxième jour. Le soleil arrosait les versants herbagés de la ville. Les rayons du soleil inondaient les habitations au fond en donnant un aspect de douce clarté sur toute la ville. Le ciel très bleu apportait une note supplémentaire d'apaisement et de volupté.
Quand je pense à vos œuvres, je vois des routes escarpées, une ambiance qu'on voit transpirer de toutes les pierres, j'entends le chant des cigales et je sens l'odeur du thym, du romarin et de la marjolaine. Pas besoin d'aller très loin pour contempler ce paradis à portée de nous ! J'ai le souvenir d'un chemin escarpé de pierres blanches, qui montait jusqu'au moulin. Il vous a inspiré la légende « le secret de Maître Cornille », à travers les genêts et la garrigue. En écoutant prononcer votre nom d'auteur, je me laisse allègrement aller à cette ambiance que créent un banc, un lavoir, une fontaine et des gens assis, qui discutent et laissent passer la vie. Ils flemmardent ici ou là en toute quiétude.
Le lendemain, la pluie se met à tomber sur la contrée. Une pluie généreuse et salutaire, mêlée de quelques éclairs menaçants. Alice y voit un signe du ciel, une colère divine comme dans le déluge après la mort de Jésus. Malgré le ciel gris et tourmenté, elle part au pré d'en bas pour cueillir des herbes. Elle souhaite être seule, ne plus voir les siens. Tandis que la pluie la surprend, elle rapporte une brassée de luzerne pour les quelques lapins que sa mère soigne encore dans une cage bancale en bois devenu gris avec l'usure du temps. Bien qu'abrité, le petit clapier reçoit la pluie par vent d'autan, cela altère le bois insidieusement. Il n'y a pas d'argent à mettre dans l'acquisition d'une lapinière.
Les années s'écoulaient immuables dans la beauté du paysage luxuriant de ce coin de campagne encore préservé, où les haies et les buissons, sans oublier les taillis, délimitaient les enclos, de chaque propriété.
L'hiver s'incrusta avec le froid et l'assoupissement de la nature tout entière ensevelie dans un immense manteau blanc.
Ils écoutaient le chant des oiseaux dans les forêts, dénichaient des grillons et ramassaient des brindilles de bois pour allumer le feu. Les fabuleux automnes garnissaient les taillis de mûres savoureuses que les enfants avalaient avec gourmandise.
Les années s'écoulaient immuables dans la beauté du paysage luxuriant de ce coin de campagne encore préservé où les haies et les buissons, sans oublier les taillis, délimitaient les enclos de chaque propriété.
Le ciel, d'un bleu abyssal, déversait ses douceurs et brillait de mille constellations. La nuit palpitait sous les trilles des oiseaux et prenait la couleur des rêves.
On sentait en ce début de printemps tous les arbres dénudés prêts à renaître. Leurs couleurs neutres se dissolvaient pour prendre dans la lumière un éclat nouveau de vert profond.
Joseph vivait hors superflu dans la plus grande simplicité. Il aimait tous les légumes, mais avait une préférence pour les fèves. C'est pourquoi il veillait à ce que toutes les graines semées après la Toussaint sortent. Comme un rituel immuable chaque année, il surveillait l'avancée dans la pousse de cette plante et chaque fois, pas à pas, il vivait la croissance, la floraison ; puis de belles gousses vertes pointaient, grossissaient au fur et à mesure de l'ensoleillement. De temps en temps, il en prélevait une par-ci, par-là, pour les goûter et jauger de leur maturation. Et enfin, il récoltait les fèves tant attendues une fois par semaine pour sa soupe et tous les jours il s'octroyait une petite poignée de fèves fraîches à la croque-au-sel.
Le chant des oiseaux berce la vie d'un homme où qu'il se trouve. Il puise sa force dans les racines profondes de la terre et les ronces trouvées sur le parcours de son existence le rendent plus fort. La source du ruisseau l'abreuve et l'émoustille à la fraîcheur de la rosée du matin. Le passage à la mort s'apprivoise peu à peu par le silence. Mais le murmure du vent et la nature si généreuse, si éternelle immortalisent chaque être humain dans le chant éternel de la vie qui passe. La symphonie du monde qui nous entoure rend l'éternité aux êtres même les plus simples. Les oiseaux et le murmure du vent nous parlent doucement, mais c'est un chant immuable aux consonances identiques depuis des siècles.
Une fois les métayers partis ou décédés, les troupeaux s'en allèrent eux aussi un beau matin vers l'abattoir. Quand ces fermes de proximité furent vides, Joseph et Germain partaient cueillir de la bruyère dans les friches pour faire des balais pour balayer l'étable des vaches. Les balais, ils les faisaient l'hiver à l'abri du mauvais temps quand toutes les corvées étaient achevées. Germain semait une variété de sorgho le long du champ de maïs afin de récolter des tiges touffues pour confectionner les balais d'intérieur ; c'était le maïs de balejo. Il en donnait volontiers à Joseph. Il n'y avait pas de petites économies pour ces hommes habitués à se contenter de peu qui pratiquaient l'autosuffisance dans une sobriété pour ainsi dire heureuse avant que les problèmes de santé ne les affectent.
Pour l'aider dans sa besogne, Joseph employait des gens du coin comme journaliers pour les tâches cycliques. Le plus souvent, il assurait seul certains travaux quand il pouvait les programmer sur plusieurs jours. C'était le cas pour sortir le fumier et l'épandre sur les terres. Le matin quand il faisait l'étable, il posait plusieurs fourchetées de litière souillée dans la brouette, la poussait jusqu'au fumier et la retournait sur le tas. Il le stockait près de la grange jusqu'en automne. Ensuite il chargeait le tombereau de cet engrais naturel et l'étalait avant les labours sur les champs qui s'apprêtaient à recevoir le soc des charrues tirées par ses deux vaches, des braves bêtes douces et paisibles, disciplinées à l'extrême.