Au sommet du Méjean
Type :Texte
Là-haut, ce n'est pas seulement la désolation du plateau qui fait peur, mais la folie de ses roches qui ignorent le silence : elles se querellent, se battent avec le vent qui veut les faire taire et ne parvient qu'à les exaspérer. Ce sont de grands blocs qui gîtent là depuis que le monde est monde, et auxquels on ne peut pas raconter d'histoires. Ce sont eux qui les racontent, les histoires, mais il vaudrait mieux ne pas les entendre. D'ailleurs personne, ou presque, ne les entend, sinon quelques âmes dolentes qui ne s'interrogent plus sur rien, ni sur le fait d'être là, d'y vivre et d'y mourir, pour aller où, après, quelle importance quand on s'est mesuré aux étoiles, quand on a passé outre aux dévastations de l'existence, aux jours de grand silence, aux nuits de grandes peurs ?