Quand les hommes débouchèrent dans la longue clairière, la lune se levait sur les crêtes, la pâleur des champs de neige laissait deviner, grâce aux ombres indécises, les reliefs arrondis des alpages supérieurs. La forêt semblait s'arrêter brusquement à partir de cet endroit ; malgré la nuit, on pouvait distinguer la masse basse et trapue de deux chalets d'alpage. La forêt bordait la clairière d'une muraille sombre qui allait se clairsemant, et plus haut il ne restait de l'épaisse futaie que quelques petits sapins encapuchonnés de neige comme des pénitents blancs. Le froid très vif semblait tomber des étoiles qui scintillaient au-dessus de la vallée. Le cirque des montagnes était parfait et de l'endroit choisi on n'apercevait aucune vallée, aucune lumière. La plupart étaient montés à pied, utilisant la trace gelée laissée par le va-et-vient des traîneaux qui avaient servi à descendre le foin de l'alpage.