Le lendemain matin, la côte était en vue. Les passagers de l'entrepont, fatigués de la traversée, se pressaient pour l'apercevoir. L'air était vif, mais agréable. De petites rides couraient à la surface des flots. Les glaçons fondaient puis tombaient dans les eaux du Saint-Laurent. L'Alanna pénétra dans l'estuaire de l'immense fleuve qui coulait entre deux rives vertes s'étendant au loin, recouvertes de sombres forêts. De tout petits villages blancs apparaissaient, se pressant autour de blanches églises aux clochers ornés de croix brillantes. Des bâtiments de ferme, longs et étroits, offraient leur présence proche et rassurante. Des troupeaux paissaient sur le bord de la rivière et les doux parfums de la terre venaient caresser l'odorat des voyageurs. Se pouvait-il vraiment que, quelques jours plus tôt, ils se fussent trouvés en pleine tempête de neige avec des glaçons suspendus au bateau ?