Raisonnant presque toujours avec une implacable justesse, Mougeot déconcertait ses interlocuteurs. Aussi aimait-il dire : « Voici l'assassin, il a tué dans telles circonstances. » Pourtant, il lui répugnait d'expliquer par quels chemins son intelligence parvenait à un tel résultat. Seulement, ce soir, il s'agissait d'autre chose : corroborer les minces faits, situer l'affaire. Pour cela, un homme tel que le commissaire pouvait être un utile convive. Les deux hommes s'installèrent dans un coin discret de l'arrière-salle. La patronne, qui connaissait bien Mougeot, installa devant eux les excellents hors-d'œuvre dont elle se faisait une spécialité : champignons à la crème, olives vertes et noires, anchois, charcuteries diverses provenant de la campagne. Le sourire de Garcin devenait hilare. Il adorait les bonnes choses.