La maison fermée vit ses derniers instants de solitude et se prépare à sortir de la nuit, à accueillir les siens. Le noir est la couleur des maisons fermées et, dans la galerie aux portraits, les ancêtres sont nyctalopes et rien n'échappe à leurs regards perçants. Ni le mulot qui va devoir déloger, ni les oiseaux qui, par la blessure d'un volet, passent de la lumière aux ténèbres, amenant bruit et agitation dans le silence, ni le loir dodu que rien ne dérange et qui squatte le grenier à longueur d'année, dormant comme un bienheureux sur un coussin éventré. La couleuvre a déjà pris ses dispositions. À la première vibration de la clef dans la porte, elle partira en vacances, souplement, par le trou qui lui sert de chatière sous la pierre de l'évier. Elle passera l'été dans les éboulis de la source. Tranquille.