Un procès s’ouvre aujourd’hui, qui devra conclure des mois d’une enquête, des années de questionnements, et graver définitivement dans le marbre de la vérité judiciaire la réalité insupportable de ces journées tragiques. Ces tueries nous horrifient d’autant plus que d’autres carnages leur ont succédé et que rien ne garantit que jamais il ne s’en reproduira de tels. Nous assisterons donc au procès de notre passé, mais aussi à celui de notre avenir. Un procès contre la lâcheté, le cynisme, le pédantisme, l’inculture, la trahison, la couardise, le confort intellectuel, l’opportunisme, l’aveuglement, la suffisance, la superficialité, les calculs politiques, l’inconscience, la légèreté, le défaitisme, l’indécision, l’imprévoyance et mille autres travers qui, séparément, semblent anodins, mais qui, tous réunis, ont permis d’exterminer un journal. Dans la salle de rédaction de ce journal, les bourreaux ont actionné des armes dont le mode d’emploi avait été rédigé par d’autres. Un seul procès ne suffira pas. Pour écrire cette défaite collective, il restera l’Histoire.