Mon grand-père était un conteur sans pareil. Chaque dimanche, nous allions nous asseoir tout près de sa berceuse pour l'entendre nous conter les mille-et-une péripéties de la vie quotidienne dans son village natal, au début des années vingt. Excellent imitateur, il donnait vie à chaque personnage, adoptant tour à tour l'air solennel du maire, le parler ampoulé de l'institutrice ou le zézaiement du boulanger. Ce que nous préférions, c'est ce moment magique où nos parents quittaient la pièce. Dès qu'ils étaient hors de portée d'ouïe, une étincelle de malice s'allumait immanquablement dans les yeux de notre aïeul qui se mettait alors à nous narrer, l'air coquin, les innombrables espiègleries et plaisanteries saugrenues de son enfance.