La première fois que je l'ai vue, c'était devant le cercueil de ma mère. Dans les soixante-dix ans, grande, anguleuse, de beaux cheveux gris sévèrement retenus en chignon sur la nuque. Tout à fait le genre de femme auquel j'espère ressembler si jamais je parviens jusqu'à son âge. Elle se tenait très droite, le dos refusant de ployer sous le poids des ans. Sur ses traits harmonieux, la peau était restée souple, avec quelques rides qui, loin de marquer son visage, lui conféraient du caractère, une certaine « gravité ». Elle était encore belle, d'une beauté discrète, altière. On devinait que le temps était tout proche où les hommes l'avaient admirée. Ce sont ses yeux, pourtant, qui ont plus particulièrement attiré mon attention sur elle. D'un bleu presque gris, attentifs à tout, critiques, avec juste une pointe de mélancolie… Mais qui n'est pas mélancolique, à un enterrement ?