Un beau soir, à table, entre la poire et le fromage, tous les convives étant en bonne humeur, le khan les contemple quelques instants, semble réfléchir et, trouvant sans doute ses voisins gras à point, il demande brusquement au général gouverneur : « Pourriez-vous faire couper la tête à tous ces gens-là ? » Cette question, posée avec un flegme asiatique, jette naturellement un froid dans l'animation du festin ; on frémit involontairement sous le regard d'acier de ce tyran captif. « Mon autorité, dit le gouverneur, ne va pas jusque-là. Pas jusque-là, répondit le khan, alors je vous plains ! » Et il reprend sa posture indolente de félin au repos. Ce qu'il fallait plaindre, ô khan, c'étaient vos anciens sujets. Ils devaient être à peu près aussi contents sous votre gouvernement que les chameaux conduits par les Kirghises que je vois passer sous ma fenêtre.